 "Teeth" par Mitchell Lichtenstein, 2007
Personne n’a envie de parler sexe avec un ado. C’est la mort cérébrale assurée. En comparaison, mon pire cauchemar (assister à un match de tennis) a presque l’air hilarant.
Prenons l’exemple de ma nièce, Ambroisie, 16 ans, récemment libérée de l’appareil dentaire, les hormones en folie. Je la prenais pour une oie blanche. Ok, elle avait bien dû rouler quelques pelles maladroites. Craquer pour un garçon de trois ans plus âgé qu’elle (un “Grand”) et l’écrire au stylo argenté sur l’agenda Hello Kitty d’une de ses copines. Elle avait même probablement eu sa fixette érotique un quelconque acteur hollywoodien – dont toute personne ayant dépassé les 16 ans d’âge mental et n’utilisant plus d’Eau Précieuse boycotterait la filmo.
Il fallait que je parvienne à parler cul avec elle, tout en finesse et en sournoiserie, sans brusquer l’animal sauvage. Mon frangin désespéré, tel un savant fou ayant perdu contrôle sur sa créature, osait à peine mettre un pied dans sa chambre ou lui demander si elle a un amoureux de peur de se prendre un coup de dents. Il s’est dit que sa soeur qui vend des Nexus G-Play, ça pouvait être cool pour parler de sexualité avec son jeune fauve.
Le fait est que l’idée de parler sexualité avec ce petit bidule que j’avais bordé, consolé et copieusement grondé me tétanisait. Par quoi je commençais ? Non, pas de BDSM tout de suite, pas dès le premier chapitre. Est-ce qu’il fallait que je fasse une présentation PowerPoint ou est-ce qu’on a d’autres façons de s’adresser à un enfant ? Est-ce qu’elle aurait une réaction de rejet si je lui parlais de masturbation, et éviterait de m’adresser la parole à tout jamais, bousillant pour moi toute possibilité de lui refourguer des préservatifs phosphorescents en loucedé ?
A force de me demander sous quelle forme j’allais aborder le sujet, quelles Lois inaltérables j’allais imprimer dans sa tête au burin, quels “trucs” lui filer, que j’en ai oublié l’essentiel : ce qu’elle allait me faire découvrir, elle, en me parlant.
J’ai bien pris mon temps pour lui parler de câlins, et puis de papouilles plus poussées. Elle avait l’air de trouver ça marrant, on matait une connerie à la télé en même temps, je monologuais plus qu’on ne discutait certes, mais elle avait l’air relax. J’étais partagée entre l’envie de lui parler comme à une copine, et celle plus impulsive de pschitter sur elle du répulsif jusqu’à ce qu’elle ait au moins, oh, vingt ans de plus, 36 ans c’est très bien pour commencer une vie sexuelle, ben quoi ?
A un moment donné, elle s’est pelotonnée contre moi comme un petit chat et m’a fait : “Je peux te poser une question ? Est-ce qu’il faut avaler?”
Je vous jure que c’est vrai : c’est comme si mes neurones s’étaient collés entre eux. Pouvais plus réfléchir. Le temps que je me repose la question, et débloque la réponse a été infiniment long. En réalité, une fraction de seconde. Mais c’est le temps qu’il m’a fallu pour accepter qu’elle avait changé sans qu’on le voit, sans qu’on soit foutus de le voir.
Que mon petit bichon avait déjà une sexualité à part entière, peut-être risquée, en tout cas autonome, qu’il fallait respecter et aider à se construire.
En rentrant chez moi j’ai tapé machinalement “ligature des trompes” dans Google.
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1 Garrice // le 10 août 2010 à 16:08
Wah ! Nan mais comment on prend une claque. Je ne me rappelle pas avoir eu ce dilemme à l’adolescence ! Je trouvais ma mère vieille. Mais maintenant c’est nous les vieilles !!
Explosée de rire en tout cas !
Tchuss
Garrice
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