Cunegonde au sex shop

Inspectrice des impôts, rien ne prédestinait Cunégonde à travailler dans un sex-shop. Les tribulations d'un couple confronté à l'univers impitoyable des sex toys !



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Mon homme au foyer

26 août 2010
Tupperware de madeleines préparé par mon mec... Pour mon goûter. WTF ?

Tupperware de madeleines préparé par mon mec... Pour mon goûter. WTF ?

“J’ai une surprise pour toi.”

Ca a commencé comme ça, il y huit heures. J’étais entrain de travailler, mon amoureux m’envoie un message me demandant de le rejoindre à ma pause déjeuner pour une surprise express. Mon esprit tordu m’a immédiatement fait penser à quelque chose de sexuellement connoté, quelle gourde je fais.

Il est 21 heures passées, les locaux sont vides. Sur ma table, toutes sortes de jouets, un livre d’Ovidie… Le tupperware plein de madeleines qu’il a cuisinées lui-même. Je me sens fébrile, fatiguée, perdue. En plus il pleut, c’est surfait. J’ai regardé partir tous mes collègues un à un, en prétextant avoir encore trop de choses à faire et préférer rester. Effectivement, je préfère rester, mais ça fait des heures que je ne fais plus rien.

Pour la première fois depuis super longtemps, presque depuis que Kévin et moi on est arrivés sur Paris en fait, j’ai envie de ne trouver personne en rentrant chez moi. Il va être là, avec ses arguments béton qu’il a mis deux mois à peaufiner sans rien me dire, avec toute son énergie vouée à me soutirer un consentement, avec ce truc limite implorant dans les yeux. Et, franchement, c’est pas contre lui, mais là c’est au-dessus de mes forces. Il faut que je me retrouve seule. Que je réfléchisse. Que j’écrive sans faire attention à ce que je dis, juste pour entendre le tacatac des touches qui rythme ma pensée.

Je ne sais pas ce que je pense, et c’est tout le problème.

“On devient les caricatures de nous-mêmes”

Mon mec, quand il réfléchit, d’une il prévient pas, de deux ça m’implique directement. Je suis toujours la dernière prévenue des changements radicaux de mon quotidien, c’est bien, c’est intéressant, je ne m’ennuie jamais. Ma vie est devenue une sitcom où je prends les épisodes en cours de route – sans rien comprendre.

“Tu fais des horaires de dingue. Le soir, t’es là sans être là. Des fois, tu n’hésites pas à rallumer ton Macbook pour continuer de travailler. Non, attends, fais pas cette tête, je suis pas entrain de te faire des reproches Cucu. J’ai bien réfléchi, on passe à côté de nos vies. Il y a six mois, j’ai fait une demande de mise en disponibilité…”

- SIX MOIS ?

- Oui, attends…

- Mais tu te fous de ma gueule ! Ca fait six mois que tu sais que tu plantes ton travail et tu me le dis maintenant, à ma pause dej,’ hop vite fait bien fait ? Mais tu te fous réellement de ma gueule, c’est pas possible…

- Cuné, attends…

- Il n’y a  pas un seul matin où tu t’es dit “tiens, si je lui en parlais” ? Tu te réveilles à côté de moi tous les jours et ça ne t’a jamais effleuré de te dire que je pourrais être concernée par ta démission ? Tous les soirs, quand je rentre et que je te demande si ça a été et que tu me fais invariablement la même réponse à la con, y’a pas une et une unique fois où tu t’es dit que j’avais besoin de savoir ce qui se passe dans ta tête ? Tu pourrais être n’importe qui, un tueur en série même, que je n’en saurais rien !

- C’est ça le problème avec toi, Cunégonde ! T’écoutes rien ! C’est fini ce temps-là, t’es dans ta bulle ! Je te l’ai pas dit parce que t’étais ailleurs, tout le temps !

Tu rentres le soir tu me regardes comme si tu voyais à travers moi, tu prends même pas deux minutes avant de te jeter sur le taff que tu as ramené, tu me demandes comment je vais par pure politesse ! Depuis quand faut être poli en couple, merde ! Ok, j’aurais dû te le dire. Mais t’aurais hurlé. T’aurais pas compris. Tu comprends plus rien de ce qui ne vient pas de toi.

Fallait que je t’y confronte directement, je suis désolé mais fallait que tu n’aies plus le choix. Fallait que je voie si tu tiens vraiment à moi, l’épreuve du feu quoi.

- Arrête, te sers pas de l’ épreuve du feu.

- Cunégonde.

- Non. Tu touches pas à ça. Tu te sers pas de nos private joke d’avant, quand tu avais la décence de me dire les choses, pour m’attendrir.

- Tu comprends rien. C’est moi qui ai fini par y voir clair. Tu réfléchis plus à long terme, tu penses plus à nous, je ne sais pas ce que t’as depuis que t’es dans cette boîte. Mais tu vois pas ? On est entrain de devenir la caricature de nous-mêmes.

- Comment ça ? Je t’en prie, trouve vite une explication à ta dernière tirade, elle est entrain de super mal passer là. Je crois même que je vais vomir.

- Non, arrête, putain… Mon bébé, arrête deux minutes d’être aussi violente dans tes mots, t’as pas besoin de te battre avec moi, comme ça…T’as jamais conçu le couple comme une équipe. Pour toi, c’est un combat. Je comprends pas comment tu fais pour parler d’amour et de couple toute la journée à de pauvres gens, alors que toi dans ta tête c’est de l’art abstrait.

- Oui, évidemment, venant de quelqu’un qui ne juge pas bon de prévenir sa compagne qu’il vient de démissionner de son poste de prof, il est tout naturel qu’une leçon me soit faite sur la notion d’équipe dans le couple. Bien sûr. Mais où avais-je la tête ?

- Cunégonde, descends d’un ton. Calme-toi. C’est pas un drame ce que je t’annonce là. Bien au contraire. C’est notre chance. C’est pour nous que je le fais, parce qu’on mérite un autre quotidien que ça. Tu vois pas ? J’ai y réfléchi, je te dis. Ecoute-moi deux minutes, bébé. J’ai plus trente ans. Toi non plus. On avait des projets quand on était gamins, on les a plus ou moins atteints.

La question c’est : qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Poursuivre cette vie absurde, où on est dévorés par nos jobs ? Rentrer à pas d’heure, lessivés, à peine se parler, garder le minimum d’énergie de côté pour repartir le lendemain matin ? Voir le temps passer en pensant déjà à la retraite ? On n’existe plus en tant que personnes, tu t’en rends pas compte.

- Je t’arrête tout de suite, je suis super heureuse dans mon travail. C’est irrationnel, ok, je me mets tout à fait à ta place et vois la part délirante qu’il peut y avoir pour toi à aimer ce qu’on fait. Mais j’aime ce que je fais, j’y trouve un écho, quelque chose qui a du sens. C’est pas parce que je traîne des pieds le matin ou que je râle le soir que tu dois te sentir le droit de me dire que mes journées sont de la merde et que je ne suis plus une personne. C’est quoi ton problème ? Une crise de la quarantaine ? Tu veux une amourette avec une fille plus jeune, ça te ferait te sentir vivant ? Mais vas-y, mon coeur. Vas-y et reviens-moi quand t’auras cessé de confondre crise hormonale et crise existentielle.

- Je ne veux pas quelqu’un d’autre. Je ne veux personne d’autre que toi. Tu es pénible, tu as des côtés vraiment bizarres, t’es pas l’Eldorado. Mais si j’arrête de perdre mon temps au travail aujourd’hui, c’est pas pour m’éloigner de “nous”. Au contraire. C’est pour qu’on se retrouve. Profiter de la vie. Je pourrais faire tellement d’autres choses. Ne serait-ce que les tenter, tu sais ?

- Je dois y retourner. On verra ce soir tes projets de nouvelle vie. Pour l’instant, je ne sais pas quoi te dire à part de faire ce que tu veux, mais de l’assumer. J’ai pas les épaules pour deux. Et ne me demande pas de te suivre, je ne t’ai pas demandé de m’imiter quand j’ai tout plaqué aux Impôts pour suivre une nouvelle voie.

- Voilà. A l’époque, je t’ai laissée faire. J’aurais pas eu le choix, de toute façon. Je te demande uniquement de faire pareil.

- Bien sûr. Excuse-moi, je suis fatiguée. Je dois y aller.

- D’accord. Vas-y, mon amour. Je te prépare une tarte aux pommes pour ce soir.

Voilà retranscrit avec mes mots et mon incompréhension la scène de ce midi. Tout est vrai, surtout la tarte aux pommes. Hormis les aspects pratiques (et financiers), est-ce que ça me déplairait tant que ça d’avoir mon amoureux à la maison ? Mon cerveau fait du ping-pong. D’un côté le “Oui, fuis” et de l’autre le “Non, laisse-toi porter”. Je suis perdue.

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Tags: à la maison

  • 1 Palaume // le 30 août 2010 à 12:32

    Pas évident, la routine, le train-train quotidien…

    Pas évident de se rendre compte qu’on s’enferme dedans.

    Encore moins évident de dire à l’autre que la monotonie nous tue. Comment expliquer à l’autre que notre vie ne nous convient pas sans le froisser.

    Et puis une fois les choses faites, quand se décider à lui annoncer?

    Finalement, cela se résume à quoi cette bisbille?
    Il sent que tout n’est pas à la hauteur de ses espérances. Et que pour y remédier, il lui faut plus de temps?
    On n’imagine pas ce que tu as du supporter pour passer d’une vie à une autre.
    Ton homme t’a suivi, soutenu(?), … Lui aussi a fait un long chemin.

    Aujourd’hui, il navigue peut-être entre deux eaux.
    Te voir t’épanouir, se rendre compte que tu peux réussir à tout changer, et peut-être le laisser sur le bord du chemin.
    OU
    S’apercevoir que tous ces changements ont eu un impact positif sur toi et que lui aussi peut tenter sa chance en changeant de vie.

    C’est un billet bien mystérieux que tu nous offres la. Pas évident de le commenter sans se lancer dans des supputations improbables.

    Et si finalement, une bonne engueulade, c’était le meilleur moyen de communiquer et de repartir sur de bonnes bases.

    Laume

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