 Jeux interdits (René Clément, 1952)
” I would have given you all my heart / But there’s someone who’s torn it appart / And she’s taken almost all I’ve got / But if you want I’ll try to love again / Baby I’ll try to love again but I know / The first scar is the deepest…” (Cat Stevens, “The first scar is the deepest”).
Les amours d’enfance
Problème de patronyme
” Je suis restée très longtemps avec F., quasiment du CP à la sixième. C’était fou. Mon premier amoureux. Je me souviens encore avoir dit à mon parents que je ne pourrais pas me marier avec lui, parce que son nom de famille était Dion. Je m’appelle Céline.”
La cassette-déclaration d’amour
” On était à l’école. Il m’avait offert une cassette avec des chansons enregistrées dessus spécialement pour moi. J’avais fait tout un coffret pour la ranger, c’était presque une petite maison pour la ranger. Ma mère l’a retrouvée il y a quelques semaines de cela dans mes affaires, c’était vraiment bizarre de retrouver ça.”
L’échange de bouches
“Enfant, j’étais la timidité même. J’étais grassouillet, toujours le dernier à être choisi dans les équipes en cours de sport. Sous les regards des filles, c’était l’humiliation suprême. Elle s’appelait Juliette, et c’était la plus jolie fille de la classe CE1 A. De longs cheveux dorés, les yeux verts, les dents du bonheur. Un jour, à la récréation, je suis tout près de ma reine miniature. Je ne sais même plus comment ça a été possible, ce que j’ai pu dire de drôle ou d’intéressant pour conquérir cette proximité. Elle me contemple d’un air grave. “J’aime bien ta bouche”, me dit-elle finalement, avant de rajouter “On échange ?”.Toute la récréation durant, on a appuyé nos bouches l’une sur l’autre pour faire un effet décalcomanie”.
Un premier mari très attentionné
“Comme toutes les petites filles, je suis tombée amoureuse du cancre de la classe. On était en primaire. Il vivait dans un HLM, sortait d’une famille nombreuse où les parents n’avaient pas les moyens de payer des fournitures à tous les enfants. Et pourtant, il avait une classe pas croyable. Une réelle élégance, il n’y a pas d’autre mot. Je me souviens très précisément que j’étais folle de lui, ce qui est toujours étonnant comme souvenir, j’étais petite et j’avais pas vraiment conscience de ce que ça veut dire…
De mon côté, je suis fille de profs, chez moi la lecture ça a toujours été très important. Heureusement, ça me plaisait. Je l’ai dit à mon amoureux, et toutes les semaines il me ramenait un Stephen King volé à son grand frère. Je ne les ai jamais lus. Mais je pense à lui dès que j’en vois un et je me demande toujours ce qu’est devenu mon premier mari. Parce qu’on s’était mariés, à une récréation.”
Marylin
“Elle s’appelait Marylin. Elle était chinoise, et avait un an de moins que moi. Elle n’était pas drôle, comme fille. Un peu ronde, dans son manteau rose bonbon, elle était toujours entrain de bouder. Ou alors elle ne parlait pas très bien français, je ne l’ai jamais su. Toujours est-il qu’elle ne gravitait jamais bien loin, on avait les mêmes copains, en particulier une petite fille, Jade, qui faisait lien entre nous, bien plus jolie et communicative qu’elle. Une après-midi, en sortant de la cantine, la lourde porte se referme sur le pouce de Marilyn qui n’est pas très vive. Le pouce vire au violet-noir moche. Jade court appeler une pionne. Marilyn pleure dans mes bras, elle met de la morve toute dégueue dans les mailles de mon pull tricoté par maman. Je tombe amoureuse pour la première fois de ma vie. A la rentrée suivante, Marylin avait déménagé. En Chine. L’impossibilité de mon premier amour se concrétise en une Grande Muraille.”
La baby-sitteuse
“Mes baby-sitteuses. Elles étaient plus âgées. Elles étaient toujours plus âgées.
Elles ne me grondaient pas quand je voulais pas faire la sieste, elles me caressaient les cheveux et s’allongeait avec moi. L’une s’appelait Sophie et l’autre Estelle. Et vraiment, elles étaient magnifiques. Drôle de chose : ces filles ont déménagé, et j’ai perdu le contact, évidemment. Estelle, la plus jeune à l’époque, et qui du coup ne me gardait pas vraiment, je l’ai retrouvée à mon cours de théâtre au lycée. Elle était en terminale parce qu’elle avait fait une tentative de suicide… Et avait redoublé sa terminale, et moi j’arrivais en troisième. Donc on s’est retrouvés là. Bizarrement, c’était gênant de la voir, on se parlait familièrement, en sachant qui on était. Mais je me sentait gêné qu’elle ait eu un accès à ma vie si personnelle. Que je n’avais pas eu, moi, parce que j’étais trop jeune. C’était comme si elle avait une longueur d’avance sur moi, qu’elle détenait un truc que je n’avais pas compris chez elle.”
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